Le torrent
Qu’avons-nous à découvrir, dans ces instants qui nous construisent et nous conduisent au cœur du vivant, pour comprendre et intégrer cette expérience de conscience de « qui nous sommes » nous préparant au passage de l’homme à l’Homme, respectueux de lui-même des autres et du monde ?
Transcendance
La manière de se conduire dehors par nos actes, s’instruit d’abord dedans par notre perception et compréhension du monde. La chose extérieure n’est pas plus essentielle que la chose intérieure. C’est l’axe révélé et décidé dedans qui devient guide pour que se dessine et prenne corps dehors au centre du réel ce que l’on pourrait appeler une transformation immédiate et radicale, une bascule anthropologique de l’homme dans son milieu.
Nous ne sommes pas constitués d’un seul corps physique, mais d’une somme de plans d’énergies fréquentielles complémentaires et transcendantes.
Quand on décide de s’engager sur un chemin spirituel de pratique de la connaissance de soi, nous nous adressons invariablement à ces énergies en nous connectant tout naturellement à notre monde premier intérieur, nécessairement actif et complémentaire de notre entité physique reflet du monde divin.
Une des choses indispensables que l’on puisse mettre en œuvre facilement pour entamer cette introspection, est celle de s’arrêter en aménageant les conditions d’un recul sur soi. Décider d’un temps rien que pour soi en marge de l’agitation habituelle et automatique et le plus souvent déviante. Simplement écouter, observer dans le silence et l’immobilité ce qui se déroule dans notre intériorité, profiter des opportunités que la vie ne manque pas de nous offrir comme objet de contemplation.
À travers et grâce à nos sens apaisés pouvoir observer les manifestations physiques et psychiques à l’œuvre. C’est-à-dire être centré tout entier dans une attitude attentive, objective et amoureuse de l’instant. On remarque d'abord que ce n’est pas si simple d’être présent à notre intériorité sans que la pensée vienne brouiller notre perception. Mais c’est cette rencontre avec soi-même maintes fois répétée, pas toujours gagnante, qui devient relation libre et porteuse de nouveauté avec l’autre, la chose, l’altérité.
Dans la présence de l’objet observé, il y a davantage que la chose, il y a aussi l'expression de son essence propre, la source de la chose qui se fait jour. Et en interaction du côté de l’observateur, se manifeste la joie, le plaisir d’exister et donc l’ouverture de la conscience, reflet pur de l’âme se révélant.
Sans présence à soi, le monde et son paysage devient une illusion générée par la pensée, où le jugement s’insère avec une absence à soi sans devenir, où ce jugement inconscient parasite le plaisir et la joie d’Être.
Le torrent court
il dévale la pente
fort et rugissant
égal à lui-même dedans
et dehors puissant
dans son cheminement
si l'on est un peu présent
on entend
dans le creux du torrent
un son sourd et pesant
le choc des galets roulant
et
l'on voit dans l’instant
la beauté du soleil naissant
sur l'onde défilant
mille reflets fringants
des remous tourbillonnantsdes vagues dans ce courant
de l’écume couleur argent
au milieu du torrent
des rochers ronflants
et
tant et tant
tout un ensemble chantant
vivant et courant
dans la joie découvrant
le torrent
le bonheur du présent.[Saanen 19 07 1983]
