De nos misères à nos grâces
Une pratique spirituelle personnelle se doit de fournir des réponses aux questions qui nous arrivent à propos de qui nous sommes et ce que l’on est en train de faire.
Le matin par exemple, le premier réveil est traumatique ; le second si nous l’invitons dans un espace nous permettant de remettre de la conscience là où il n’y a que confusion, participe à la grâce qui nous habite, il est source de connaissance et d’enchantement dans la reconnaissance de notre grandeur. Nous ne sommes pas que nos misères, nous sommes aussi possiblement nos grâces.
Qui êtes-vous le matin quand vous vous réveillez ?
Une petite pratique personnelle suivie est une compagne fidèle et secrète et c’est elle qui guide et régule notre vie. Cette petite pratique, très courte, mais porteuse d’un message puissant auquel nous accordons toute notre attention, s’accompagnera d’un dialogue, par la suite dans le courant de la journée.
Quel sentiment me vient de moi-même ?
Comment je le nommerai ?
Qu’est-ce que j’en fais ?
Si je n’en fais rien, je m’écarte de la présence à moi-même, je reste aveugle et dépendant et manipulable par mes souffrances aussi petites soient-elles.
Si je reste attentif et persiste dans ma recherche, j’aperçois l’ouverture qu’un sentiment suscite, et c’est un nouveau souffle de connaissance pour la suite de mon introspection.
Le sommet de soi-même c’est d’identifier notre « misère de l’instant » sans la juger ni la refuser et dire des mots d’amour à cette misère.
Nous vivons une époque de bascule où la vie est déjà fragmentée et a perdu toute cohérence. La crise dans laquelle nous sommes plongés : géopolitique, économique, sanitaire, sociale, religieuse avec les conséquences d’une guerre mondiale possible... est avant tout une crise systémique aux racines spirituelles. Une crise plongée dans un monde où notre rapport au réel et nos repères sont trahis en permanence et nous échappent. Un monde où la technologie accélère et pénètre tout, où il faut demander la permission pour tout dans une société de surveillance qui se normalise jusqu’à s’approprier notre quotidien intérieur. Une humanité qui a renié toutes ses valeurs naturelles et morales créant un contexte de dépendance à un « bonheur superflu », favorisant les conditions d’un asservissement permanent pour elle-même et les générations futures. Il est urgent de préserver notre âme, sans perdre l’humain, la conscience et le discernement. Nous avons à trouver une nouvelle forme de conduite de nos existences, plus responsable, plus structurante, face aux défis qui s’annoncent inéluctables en nous convoquant entièrement.
En conséquence, la vie extérieure diminue visiblement. Pourquoi ?
Pour que la vie intérieure apparaisse. Toute l’espèce humaine traverse cette phase expérimentale. Nous n’avons d’autre choix que d’être heureux ou malheureux avec de moins en moins de vie extérieure.
Toute pratique spirituelle de base, par exemple s’asseoir en silence dans une posture engagée, participe d’une nouvelle hygiène de vie : l’assise immobile et silencieuse fait du bien à tout le monde, c’est le niveau bas, la première marche simplifiée de l’escalier de la pratique. Mais beaucoup ont peur de ce silence, pourtant certaines choses ont besoin de mûrir sous cette forme avant d’apparaître clairement.
Enrichir cette petite pratique du bas par une question de vie intime nous fait franchir la seconde marche qui devient alors un tremplin d’évolution et de connaissance de soi-même qui se renouvelle en permanence dans une expérience vivante. C’est regarder les évènements non plus seulement avec la logique matérialiste du mental, mais Voir la réalité de ce que nous traversons avec l’intelligence du cœur, se laisser pénétrer, sur-prendre par le monde invisible de l’inspiration, des synchronicités et cela nous enchante et peut transformer notre vie.
Il n’y a pas que la simple réalité extérieure, s’en contenter n’est pas la réalité-vérité, qui elle contient aussi notre réalité intérieure personnelle fondatrice.
Après les pseudo-réussites du monde du « moi » et les bouleversements en cours qui le font s’effondrer, la nouvelle famille de l’espèce humaine qui commence à voir le jour, est la famille spirituelle. Une nouvelle famille qui d’un ensemble de « moi » avertis et conscients fera naître le « Je », inspiré, indépendant et souverain intérieurement.
La crise actuelle majeure fait basculer le monde dans un nouveau contexte : celui de la diminution inexorable de la vie extérieure et l ’ o b l i g a t i o n d’entrer dans le champ de la vie intérieure "Naturelle" (pas celle d'une vie augmentée par le virtuel) pour ne pas disparaître.
L’espèce humaine traverse une période expérimentale qui s’installera progressivement et durablement dans le temps, à l’endroit où la vie extérieure sera de moins en moins appétissante et supportable.
Nous serons à terme devant cette nouvelle perspective d’une vie intérieure Naturelle suffisamment riche pour être heureux ou alors, nous nous désolerons sur terre.