Le sens retrouvé
Confinement quotidien et prison imaginaire
« Écarte de ton cœur tous les retours paralysants sur le passé ; lâche courageusement les misères du présent, que j'ai déjà pardonnées, et détourne tes yeux de toute angoisse pour l'avenir, puisque je suis et serai avec toi ».
Je me suis réveillé ce matin dans un état d’être où mon intériorité cherchait une raison à ma présence physique.
Je me sentais piloté par une énergie gonflée d’amertume se propageant sournoisement en moi, et cela m’enchaînait au mauvais goût que j’avais de moi-même avec une tendance générale à me considérer comme un « incapable », incapable de bien vivre et d’être heureux.
Mais pourquoi donc !?
Qu’est-ce qui à l’intérieur de moi me poussait à ce ressentiment de moi-même alors que rien en apparence n’était vraiment insupportable à l’extérieur ?
Si je ne trouvais pas là maintenant le sens de mon désarroi passager, j’allais machinalement finir par être entraîné dans un cercle vicieux et m’oublier complètement. J’allais me soustraire à cette préoccupation profonde embarrassante, cependant légitime et justifiée et poursuivre ma journée du mauvais pied.
Il faut un peu de courage, une certaine volonté et curiosité pour s’intéresser à soi-même dans les moments difficiles pour comprendre que nous sommes faits de « petites misères », d’épreuves qui accrochées les unes aux autres, forment le tissu quotidien de notre personnalité imparfaite.
Notre enfance façonne notre vie
Sans que nous nous en rendions compte, nous sommes pilotés par les fragments plus ou moins traumatiques de notre histoire personnelle, dont la souche première se situe dans notre enfance.
Sans travail sur soi (apprendre à se connaître), nous ne faisons que répéter sempiternellement les mêmes situations et douleurs de vie rencontrées lors d’épisodes et situations analogues dans notre enfance. Ces douleurs restent ancrées en nous profondément et déterminent notre façon particulière d’aborder notre existence à travers les circonstances que nous traversons et provoquons parfois parce que depuis le début, elles sont la référence à notre comportement. Nous les réactivons cycliquement et inconsciemment dans le présent, c’est ce qui détermine pour chacun, son mode de vie singulier.
Après un petit moment de recul sur moi-même, à l’abri des perturbations extérieures et concentré sur la question du jour, je commençais à voir de quoi il en retournait.
Hier soir avant de m’endormir, je pratiquais comme souvent, le rituel de « la question importante ». Étant dans une période difficile quant à la suite à donner à ma vie professionnelle, j’avais posé une question que je pensais pertinente en rapport à mes difficultés, à ce que j’appelle mon « ange gardien » (peu importe le nom que l’on donne à CE QUI SAIT mieux que moi, l’ordre des choses…), l’essentiel étant de réveiller et de stimuler la dimension porteuse de lumière en chacun de nous.
Mais au matin la réponse n’était pas vraiment au rendez-vous. À la place, transpirait une confusion totale. C’est ce qui se traduisait par ce mal-être bougon à mon réveil. Je me rendais compte dans la présence à ma douleur du moment et petite introspection matinale que ma nuit n’avait pas été de tout repos, qu’elle n’avait pas été douce, mais tourmentée. Une grande partie de moi, avait cherché à mettre en ordre, sans y arriver, la question pas suffisamment claire que j’avais posée.
À l’issue de ce désordre nocturne, l’état de veille ordinaire de mon être au réveil me proposait comme automatisme de rechange un mal-être « habituel » et compensatoire.
La prise de conscience de ce mal-être et le besoin d’en comprendre la raison, me permettrait peut-être d’y voir plus clair et de percer son mystère.
Il n’y a pas de hasard, mais seulement la vie qui s’exprime pour que nous trouvions notre équilibre.
À ce stade de l’interrogation le mental s’estompe, le cœur s’ouvre davantage et il n’est pas rare qu’un souvenir d’enfance apparaisse permettant d’éclairer la situation et son tourment actuel.
À travers ce souvenir douloureux répondant point par point à ma douleur présente, imprégnée du sentiment global de moi-même, je percevais de mieux en mieux la raison d’un pareil état, son objet et ses détails. Je sentais viscéralement l’impuissance de ce même « incapable » dans ce revécu historique. Il venait confirmer que c’était bien toujours moi aujourd’hui qui me réveillais avec ce sentiment-là ; en rapport avec une question de vie importante, que je n’avais « pas été capable » de formuler correctement.
Le même « pas capable » d’une époque antérieure, qui dans la classe ne pouvait pas formuler correctement sa demande urgente à la maîtresse d’école, ce qui allait déclencher en lui un profond malaise et produire tout de suite derrière, en plus de la honte, des nausées et une diarrhée monumentale. À cinq ans, on ne se retient pas toujours, mais si le verbiage n’est pas possible, c'est le corps qui parle.
Alors voilà, maintenant que je faisais le rapprochement, et comprenais la situation, est-ce que je n’avais pas le devoir et la dignité de tout faire pour prendre soin de moi afin de rééquilibrer l’instant, me sentir mieux et à la hauteur de l’évènement qui me traversait ?
Si par cette prise de conscience, je ne faisais rien de cet instant reconnu en persistant à rester dépendant de mon passé, ce mal-être allait me dominer, me rendre malade et gravement pénaliser ma journée, et plus encore, cela ne répondrait pas à mon problème du jour.
Sans l’engagement sur un chemin spirituel et cette ouverture d’esprit qu’il permettait, je n’avais aucune chance de transformer cet instant où le pire m’absorberait, égrainant et plombant ma journée d’instant en instant à l’infini.
Ce marqueur retrouvé et inscrit en moi depuis mon enfance, déterminait encore aujourd’hui un nouveau point de départ possible. Avec un peu de pratique, et parce que l’ayant reconnu, il était dorénavant possible de m’affranchir du poids de cet épisode douloureux contrariant la liberté de mon présent afin d’élever un peu ma condition humaine.
Il fallait d’abord accepter mon imperfection du moment en la regardant dignement en face, sans me juger et considérer avec justesse sa relative importance. Et plus je l’acceptais plus je pouvais rentrer dans le souvenir de mon enfance, cet « incapable » innocent qui illustrait précisément la situation présente me rendant de fait, responsable de ce que j’allais en faire.
Revoir cette dimension parallèle dans son détail, ressentir la réalité bouleversante du moment vécu dans ce souvenir, me permettait de prendre dans mes bras ce petit garçon de l’époque, avec amour, de soulager ce souvenir, d’apaiser en même temps le présent et de comprendre aussi avec compassion, que cela ne pouvait pas être autrement à l’époque.
Au lieu de m’agacer en peine perdue pour subir l’épreuve du jour en ne faisant rien, cette sincérité retrouvée libre de l’empreinte du passé, permettait une autre perspective à ma journée.
Le cœur plein d’amour est une force-lumière éclairant mon prochain pas, alors qu’un cœur qui s’efface et se rend face à l’adversité et l’épreuve, engendre le mensonge, la rancœur, estompe la réalité du monde et distille un fiel malveillant dont le pouvoir est de noircir la vision des choses.
LE SENS RETROUVÉ de mon mal-être ancien traumatique projetait maintenant sur mon présent matinal une lumière d’amour se matérialisant en réjouissance intérieure. Et par conséquence, permettait à l’esprit renouvelé, régénéré, de réveiller des idées claires, perçantes même et porteuses de nouvelles questions équilibrées comme autant de promesses en capacité d’actes quant à la suite à donner à ma vie.
Gratitude. [mars 2020]