Rencontrer le silence...
... Sans le fuir !
L'expérience de l'assise...
Cet article fait suite à une introduction sur l'assise intitulée : Et si on s’asseyait… pour voir !
https://spirit.ouvaton.org/et-si-on-sasseyait
L’humain a conquis le monde extérieur, mais il est pratiquement ignorant de son monde intérieur.
La voie, le chemin : la juste compréhension de la "réalité" des choses.
L’homme est-il condamné à l’ignorance et à l’aveuglement ?
On peut se demander si Socrate (Connais-toi toi-même) qui n’a rien écrit et déclare ne rien savoir, ne prônait pas à sa manière, la seule chose qui vaille vraiment : l’expérience directe de l’instant. L’homme au centre de tout. Sortir de l’hypnose socialement programmée où nous vivons pour accéder au réel, mais quel réel ? Ce que l’on voit de notre vie, on le voit à travers soi, à travers le filtre de notre histoire personnelle puis dans le dépassement de cette histoire, nous voyons la vie et les éléments tels qu’ils sont, là où je suis moi-même, là où j’en suis moi-même. L’assise nous amène à vivre une expérience concrète, pratique, de ce qu’est notre vie dans l’instant traversé, dans l’ici et maintenant.
L'ASSISE, QU'EST-CE QUE C'EST ?
Ce n’est pas une forme de méditation en soi, de type zazen ou yoga… Mais c’est quoi alors concrètement, l’assise immobile et silencieuse telle que je la pratique ?
L’assise est un moyen simple et efficace d’entrer dans le silence, d’observer avec curiosité notre monde intérieur et de faire face à nos petites douleurs d’existence, en les traitant avec amour à travers le sens rencontré. Sans se laisser polluer par elles, c’est saisir la chance qu’elles nous offrent, dans une transformation d’un mal-être en bien-être, de mieux vivre notre quotidien ordinaire. C’est un moyen simple de muscler une pratique de retournement intérieure, seul ou dans un groupe, car ensemble en toute transparence avec l’exemple et l’expérience ordinaire vécue par les autres, on se comprend mieux soi-même tout en acceptant nos différences dans une tolérance toute naturelle avec les autres.
L’assise est une pratique en éprouvette, une pratique extérieure servant de support à notre pratique intérieure, un terrain d’entraînement des outils de transformation en laboratoire, avant de les utiliser à l’extérieur dans la vie courante. Une pratique réussie débouche sur la compréhension et la transformation du mal-être en bien-être. Elle nous met dans un état intérieur d’étonnement inattendu, on est saisi, la vie jaillit dans sa pure virginité et tout notre être rebondi de joie.
La vie agissante jaillit en nous, on est dans un plaisir simple d’exister, c’est grandiose et simple à la fois, on a traversé le miroir des apparences du monde et l’on voit le génie du quotidien. Les petites choses deviennent de grandes choses, le ciel croise la terre et nous sommes présents à ce croisement dans une nouvelle réalité, jusque-là insoupçonnée.
L’assise, une attitude, une posture en sincérité.

On commence une assise en ne sachant rien, sans autorité sur soi, sans parti pris, mais plein de curiosité sur ce que va être l’instant suivant.
Sortir de la routine quotidienne, du banal, de l’habitude dans lesquels nous nous enlisons pour découvrir la fraîcheur primordiale de nos cœurs. Il s’agit d’un éveil qui n’a rien à voir avec l’accumulation de connaissances ou d’informations intellectuelles. Cet état d’éveil fertile en curiosité, contient tous les possibles, c’est une immense ouverture d’esprit et de cœur sur la vie et notre vraie nature.
Dans l’accomplissement d’une assise, nous pourrions même assister à une seconde naissance, une co-naissance nous libérant de la cécité ou de la vision que nous avons de nous-mêmes, elle nous fait prendre conscience de l’existence, nous écartant de la léthargie et du déterminisme de l’emprise de notre histoire sur le réel de l’instant.
L’assise est un outil révélateur d’une attitude vécue dans le présent de l’expérience de l’être. À cet endroit d’intimité, nous sommes seuls avec nous-mêmes et ne pouvons compter sur aucun autre amour que celui dont on est capable de se donner à soi-même. Nous avons la faculté d’observer et de voir défiler notre monde intérieur tel que nos pensées, les préoccupations et douleurs que sont les nôtres. L’attitude adoptée dans l’assise permet une expérience spirituelle rassemblant ces éléments. Dans notre quête, nous flirtons ou accédons parfois à l’état libre d’une plénitude sans nom. C’est bien là, la plus forte intensité vécue en simplicité que l’on puisse connaître.
C’est pour cette raison que cette assise est non conventionnelle, indépendante, de toute culture et tradition, donc laïque et accessible à chacun quel qu’il soit et où qu’il soit. Pas besoin de dogme ni d’une foi spéciale incarnée dans une religion, mais juste l’envie et le besoin d’aller mieux, de se sentir pleinement vivant. La spiritualité a ceci de bien, c'est qu’elle est fondamentalement inscrite dans l’individu lui-même, et donc en dehors de tout dogmatisme, elle est par essence tolérante et abordable à tout un chacun dans la plus petite expérience vécue.
La meilleure posture d’assise est celle où l’on se sent le plus justement engagé en dignité, sans tension physique. Une trop grande tension ne permet pas le jeu de la transformation. La bonne position pour soi est celle qui nous permet de se sentir bien comme l’on est.
Cette forme d’assise convoque volontairement le corps, d’habitude exposé aux mouvements et à l’agitation, dans une parenthèse de vie pour fréquenter ce que sont le silence et l’immobilité.
La posture assise permet aussi de mettre le corps en "économie d'énergie" alors que l'esprit reste en alerte. C’est donc un exercice physique de détente et psychique de présence à soi-même. C’est une démarche spirituelle globale donnant la primauté à l’intensité de la vie intérieure. Avec cette pratique de l’assise, nous apprenons à muscler notre vie intérieure pour découvrir qui nous sommes vraiment.
S’asseoir simplement par terre, sur un coussin, en tailleur ou dans une autre position, ou simplement sur une chaise, ou un tabouret, à la convenance. Sans contrarier son corps ni se faire mal, trouver la position corporelle adéquate pour se sentir ancré à la terre, et à l’aise afin d’être en mesure d’observer tout ce qui va se passer dans notre intériorité. L'essentiel étant de se familiariser avec une attitude extérieure-intérieure nous permettant de se voir dedans, sans se préoccuper de l'aspect extérieur que prendra notre personnifié.
Si nous lui laissons la place de s’exprimer, notre corps sait quelle position lui convient dans l’instant, qui n’est pas forcément celle d’hier ou ce que sera celle de demain. L’essentiel sera au final que notre posture s’accommode du silence et de l’immobilité et permette l’expérience.
Dans cette intimité silencieuse et attentive, ce que nous allons observer est en miroir le reflet de nos comportements de vie à l’extérieur, liés au quotidien de notre existence.
Et plus précisément ?
En choisissant de s’asseoir dans le silence et l’immobilité, on crée à l’intérieur de soi un espace d’observation où le corps va concrètement révéler par strate, à travers nos inconforts du moment, un aspect de nos comportements cycliques personnels. C'est une invitation à prendre du recul pour s'ouvrir à une autre dimension de nous-même que nous n’avons pas l’habitude de côtoyer. À partir de ce qui nous questionne, nous blesse, ou nous intrigue, l’assise – puisqu’elle est d’abord corporelle – sert de support à une pratique intérieure nous permettant de voir à travers les interpellations de notre corps et dans le secret de l’expérience qui nous est proposé, qui nous sommes dans l’instant...
Dans quel but ?
Apprendre à se connaître à travers le miroir que nous renvoient le silence et l’immobilité.
Grandir en humanité grâce à la rencontre du meilleur de soi-même. Les valeurs d’aujourd’hui sont à l’inverse, elles se situent dans le pire de soi-même et ne permettent pas de vivre en harmonie et de participer à un monde meilleur.
Dans une attitude de chercheur, l’assise permet dans un premier temps de donner du sens à nos "mal-aises" en apprenant à se connaître et à s’accepter sans jugement à travers l’expression reconnue de nos plus petites douleurs, tracas et imperfections de notre quotidien. Elle permet de soigner le blessé que l’on est dans notre fond intérieur pour reconquérir notre grandeur en traitant nos "mal-aises" avec tendresse et amour. Au fil du temps, par l’intermédiaire des outils de transformation, elle permet de transformer à volonté des moments d’imperfection malheureux en moments d’imperfection heureux. L’assise vise aussi à nous inciter aux dialogues intérieurs, et nous guide à devenir responsable et créateur de notre vie…
« La route est longue de la tête au cœur, mais elle est encore plus longue du cœur aux mains »
Et dans la pratique ?
L’agitation du corps et de l’esprit empêche l’expérience d’une découverte possible sur soi. L’assise, par son attitude « douce » de prise de conscience, permet de voir ce que l’on est dans l’ici et maintenant, d’être à l’affût de nos plus petites douleurs physiques et inconforts psychiques. L’assise, en nous invitant à quitter un temps le monde du dehors nous permet de chercher à prendre conscience dans l’observation sans concession, de notre propre monde intérieur.
C’est un miroir nous renvoyant au détail près, le reflet exact de ce que l’on est dans notre existence quotidienne. C’est un terrain d’entraînement et d’apprentissage à l’utilisation d’outils de transformation intérieure avant de les utiliser dans notre vie courante. Mieux nous percevons la cause et le sens de nos douleurs, mieux nous percevons l’acte correcteur nécessaire au rétablissement de l’équilibre de notre vie.
Il n’est donc pas question de se changer ou de changer le monde (c’est impossible) mais d’aller de mieux en mieux par des conquêtes et transformations successives, non pas subir et endurer nos penchants traumatiques blessants, mais en profiter, puisque nous les aurons vus en comprenant leur origine sans les juger. C’est donc chercher à être en paix avec nous-mêmes et le reste du monde...
Alors, on se rend compte après quelques essais, rien qu’en s’asseyant comme ça, régulièrement un moment, dans une attitude d’observateur de sa vie intérieure en quête de sens, dans le silence et l’immobilité, que ça fait du bien de s’arrêter pour soi-même, que l’on y gagne en attention et responsabilité dans la manière de conduire sa propre vie, que cela nous procure un bien-être stable et durable jusque-là encore inconnu, que l’on se sent respectueux du vivant et plus aimant des instants qui composent nos journées.
« Albert Camus : l’homme est voué à subir un enchaînement automatique d’expériences insensées, mais c’est paradoxalement dans la prise de conscience de cette situation et dans son acceptation qu’il s’en libère. »
Pour plus de clarté, la suite concernant la pratique de l’assise et sa fiche de synthèse est prévue dans un autre article « La pratique de l’assise ».