Et si on s’asseyait...
... pour voir !
Nous déployons beaucoup d’efforts en tous sens pour améliorer les conditions de notre vie à l’extérieur, mais en fin de compte, c'est toujours notre esprit qui fait l’expérience du monde et le traduit sous forme de bien-être ou de souffrance. Le progrès comme principe de survie est sans consistance, et même dangereux, s’il n’a pas d’orientation spirituelle. La spiritualité parle à l’essentiel de la vie, toujours.
Et s’il s’agissait de participer modestement à l’évolution de notre espèce !
Étape par étape, le laboratoire d’expérience laïque qu’est l’assise immobile et silencieuse permet d’accéder et d’explorer des parties ignorées de nous-mêmes, de manière spontanée et chaleureuse pourvu que notre attitude reste sincère.
Au cœur du vacarme de ces temps dystopiques et très incertains que nous traversons tous, il y a urgence et nécessité de se ressaisir avec détermination si nous ne voulons pas sombrer dans le néant. Il est impératif que l’homme se recentre sur lui-même et apprenne à faire silence pour que la voie de vérité qu’il a choisi d’incarner s’élève en lui. Être assis dans un certain silence et dans une certaine immobilité, est une réalité vibratoire féconde d’une paix en soi qui n’est rien d’autre que l’aspiration fondamentale ancrée dans l’humain sain de corps et d’esprit qui se respecte et respecte le vivant.
C’est permettre à notre condition humaine d’être appelé vers le haut, vers une existence de l’homme debout et vivant soudé à sa nature essentielle. S’asseoir dans cette perspective est un acte hautement politique. C’est s’extraire du sempiternel et illusoire confort machinal et habituel, pour oser regarder à l’intérieur de soi, la parité, l’équité, le sens même de notre vie. Orienter son énergie dans cette direction, c'est prendre conscience de notre entière responsabilité en toute chose, c’est livrer bataille en soi pour conjurer le mauvais sort et se réapproprier notre résilience souveraine. Ce que nous transformons à l’intérieur de nous-même dans ce sens, a des répercussions dans nos vies et se manifeste tout autant à l’extérieur par des changements opportuns dans le sens du bien commun.
L’être humain n’a cessé de faire des pas vers toujours plus "d’extériorité" augmentée l'amenant à un matérialisme pathologique débordant de non-sens, le diminuant progressivement et sournoisement à l'intérieur. Aujourd’hui face à cet extérieur devenu fou et menaçant pour sa survie, des solutions de sauvegarde et projets d'évolution intérieure pour lui-même garantes de son avenir deviennent pressantes.
Chacun de nous est responsable de la bonne marche de cette évolution dans la manière de se conduire avec lui-même d'abord et avec les autres et le monde pour le bien commun.
Aujourd’hui, plus que jamais, nous avons besoin de l’épée de vérité...
« Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre ; je ne suis pas venu apporter la paix, mais l’épée. Matthieu 10:34-36

Avant d’en être à l’heure de s’intéresser à la spiritualité et d’être à même de se poser des questions sur le sens et la réalité de notre propre vie, la plupart du temps, on fonctionne en automate, sans réfléchir. Notre façon de penser et nos comportements en société sont teintés de l’éducation que l’on a reçue dès le plus jeune âge et qui nous formate à l’image de notre culture et du conditionnement qui en découle. C’est pour une bonne part incontournable et sous-tend la construction de notre personnalité. Mais c’est aussi à un moment donné dans notre vie, une étape que nous sommes libres de dépasser ou pas.
Est-ce que les choix que nous faisons une fois adulte, nous offre une bonne vie respectueuse de tout ce qui nous entoure ?
Il arrive à un moment clé de notre existence, que l’on ressente l’impérieuse nécessité de donner du sens à nos déconvenues stériles à répétition et qu’impérativement, nous sentions le besoin de nous mettre en route afin d’aller vers un mieux-être pour soi-même. Alors notre corps-esprit se met en chemin à la rencontre de cette énergie vibratoire porteuse de paix. C’est là un acte de résistance, un niveau de liberté choisi, émancipé de la croyance de qui nous sommes, et prêt à nous confronter à une réalité nous touchant au plus profond de nous-même. Nous sommes disposés à ne plus subir ou entretenir inconsciemment le mensonge d’une routine fataliste nous figeant constamment sur place.
La véritable liberté, autant que l’on peut l’être, commence donc par la liberté intérieure, celle que l’on acquiert progressivement et patiemment en entamant un travail sur soi ; dans la progression de la connaissance de soi, permettant de discerner le vrai du faux et d’entendre la petite voix de notre conscience inspirée. Cette libération intérieure de l’esclavage à notre conditionnement et histoire personnelle, abolit petit à petit la frontière entre mal-être et bien-être pour se glisser dans une vie plus juste et en paix ; en me retournant sur moi passionnément et amoureusement, en cherchant la vérité au fur et à mesure de ma recherche. Marcher sur le chemin de la vérité, c’est donc avant tout, une rencontre avec soi-même dans la présence, alors le chemin parcouru est sauveur. L’amour est l’accomplissement de la Loi et la première clef du trousseau de ma liberté.
Tu aimeras ton prochain comme toi-même » (Matthieu 22 : 37-39).
Une transformation de la société ne fera pas l'économie d'une transformation de l'humain lui-même. Elle prendra sa force à travers la connaissance individuelle de soi-même, nourrie de convictions fortes nous aiguillant plus justement vers un rythme et un équilibre durables et naturellement harmonieux. Cet ensemble, intérieur-extérieur, vécu à travers et grâce à l’habileté d’une pratique simple et concrète débouchant sur des petits actes conscients et ordinaires est l’expression vivante d’une vie spirituelle établit sans cesse éclairante, et un gage de bonne vie.
Il s’agit donc de voir cette démarche spirituelle comme une opportunité intelligente de grandir en soi. Elle permet de s’ouvrir à une transformation-évolution profonde de l’homme ancien, dépendant de sa petite histoire répétitive et tôt ou tard inadaptée à sa vie présente ; à l’homme nouveau réconcilié avec son histoire personnelle et détenteur d’une nouvelle vie à la conscience élargie. C’est une quête d’amour nous conduisant à la paix intérieure, permettant de nous extraire de l’abomination de ce monde. Sans fuir pour autant notre responsabilité en société, c'est une quête à la recherche du juste, par cette connaissance de soi qui élèvera l’amour et la vérité au premier rang. Un tremplin pour devenir in fine acteur de sa propre vie, respectueux du bien commun, à la recherche croissante du meilleur de soi-même, en paix dans le présent avec le monde qui nous entoure.

Alors le chemin vers soi, c'est aussi le chemin vers l’autre. Il devient la manifestation concrète de ce qui comprend et crée de la vie, le cœur même de toute vie spirituelle déposée en l’homme ainsi que le moyen le plus pertinent et habile d’accéder au meilleur de soi, à l’identité profonde de chacun sur terre.
Face à la diversité humaine sans véritable égalité, il y a un endroit où nous sommes tous égaux : tout le monde peut se mettre en route et arpenter un chemin spirituel, pour réveiller la vérité, notre légitime liberté, et accéder à la connaissance et à la paix en soi. Nous sommes tous égaux face au grand mystère de la vie et de la mort, face aux difficultés de se connaître et de mettre en pratique un travail sur soi, pour notre propre sauvegarde et l’avènement d’un monde meilleur.
L’amour et la vérité sont indissociables. En regard de chaque chose, cette énergie, quand elle s’exprime pleinement, est "moteur" pour retrouver notre unité originelle égarée, restaurer notre pleine et entière nature, combler notre manque intrinsèque. Cet amour, cette promesse d’amour sans laquelle nous ne pourrions pas vivre, est aussi en latence une force brute qui demande discernement et ordre pour devenir une vertu nous entraînant vers notre accomplissement.
« Ne nous laisse pas succomber à la tentation, mais délivre-nous du mal... » Notre Père.
Il n’y a pas de secret, mais différentes approches connues dans ce domaine ; la pratique du silence et de l’immobilité en est une. L’écoute attentive et exotérique de notre intériorité se déroule au grand jour, elle nous entraîne pas-à-pas à découvrir ce que nous raconte notre petite histoire personnelle en relation avec ce qui nous entoure. Si nous voulons avoir la possibilité de vivre dans un monde sans mensonge, objectif et intelligemment articulé autour des valeurs morales et immuables liées aux lois naturelles universelles ; dans un monde qui nous respecte, nous devrions donc commencer par nous respecter nous-même sans avoir à nous mentir. Nous pouvons choisir de tenter de dépasser notre petitesse conformiste et consacrée à de fausses croyances, pour conquérir et atteindre notre grandeur "naturelle", source de résilience et de grâce.
Il est possible au sein de rendez-vous réguliers avec soi-même où l’agitation et le bruit n’auront pas cours, en se positionnant simplement dans le silence et l’immobilité, de s’entraîner à comprendre à l’aide de quelques outils simples de transformation intérieure, le sens de nos difficultés, de nos douleurs répétitives à travers le défilé de nos comportements personnels.
Parce qu’en chacun de nous, se côtoient le pire et le meilleur, le mini-laboratoire qu’est l’assise immobile permet de débusquer nos processus traumatiques de séparation, nos mal-aises, mais aussi d’explorer et d’expérimenter notre pouvoir de transformation, de communion au sacré afin de pouvoir les transposer à l’extérieur dans le courant de notre vie ordinaire.
Une suite est prévue : « Rencontrer le silence sans le fuir » elle décrira l’expérience de l’assise.