Homme debout
Qu’est-ce qu’un homme ? Sinon un homme debout, bien ancré dans ses racines, dans ce qu’est le monde réel, pas forcément ce que l’on appelle la réalité, car de quelle réalité s'agit-il dans ce monde révélé comme étant insensé et de plus en plus faux ?
Il s’agit donc d’une réalité toute simple se situant au cœur de la vie même, celle qu’il nous est donnée de vivre. C’est dans cette réalité d’homme que nous devons exister.
Percevons-nous réellement le monde autour de nous, ou projetons-nous notre réalité intérieure sur le monde ?
Tout commence à l'intérieur, l’Esprit est en nous, il est la source de toute expérience, l’émanation du Vivant. Cette spiritualité incarnée est la source de la matière que nous observons et par laquelle nous existons.
Vivre, c’est découvrir par soi-même le vrai et la liberté d’être ce que nous sommes par une attention permanente.
Le silence et une certaine immobilité sont favorables à l’esprit afin que fleurissent l’essentiel et la teneur courageuse de toute vérité.
Aujourd’hui encore plus qu’hier, nous cherchons à nous échapper du quotidien vers des « paradis » artificiels. Il semble que nous ne sachions plus nous frotter, nous confronter à la réalité, mais cherchions sans cesse à rêver notre vie. C’est ce qui nous conditionne et nous isole désormais dans un monde séparé de tout, où les relations sont tronquées et sujettes à manipulation. Ce qui fait de nous des êtres faibles, séparés les uns des autres, des êtres aux sens limités, enchaînés à la matière, incapables de percevoir le monde dit « réel », ce que les choses de la vie sont, ce que l’homme voit quand il regarde autour de lui ; que ce soit tout près dans la nature, ou bien les évènements qu’il traverse et qui l’affecte dans la société dans laquelle il vit.
Bientôt, dans nos sociétés dites évoluées, la plupart de nous seront en mesure, avec un claquement de doigt, de passer du monde « réel » au monde virtuel, ce qui conduira des vies dans un monde aveugle où tout sera possible. Mais cela deviendra, néanmoins, un monde défiguré, trompeur, ne permettant que l’évasion et la fuite. Nous sombrerons alors progressivement dans l’inhumanité, nous perdrons notre Esprit, ce qui faisait de nous des êtres uniques.
« Nous devons être le changement que nous voulons voir dans le monde – Gandi - »
Goûter l’instant
Depuis hier, le silence de la campagne n’est pas le même.
Il n’y a pas d’avion qui déchire le ciel avec ses traînées artificielles,
c’est rare !
Ce matin, aucun bruit parasite ou superficiel,
seulement la nature s’exprimant dans un calme naturel,
à travers une symphonie de chaque instant,
baignée de soleil.
Le chant des arbres, caressés par le vent,
se mêle aux chants magiques des oiseaux qui s’égosillent,
le vol d’un merle moqueur sautant d’une branche à une autre
piaille et s’agite à tout-va.
Mes sens en alerte,
ma vision est devenue harmonique,
le mental est calme, l’esprit pénètre ce qui m’entoure.
À proximité,
un lézard se chauffe sous les rayons timides du firmament,
il m’observe, immobile, d’un œil affûté,
sommes-nous si différents que cela ?
Un gros bourdon, soudain, traverse mon champ de vision et s’éloigne.
Un magnifique papillon jaune citron sautille dans l’air en poursuivant sa route,
dans l’air, en contre-jour, sur fond sombre de la montagne,
une myriade d’insectes se laisse porter par la brise.
Des grenouilles coassent dans la mare tout près,
le soleil et sa douce chaleur, le ciel bleu,
l’herbe verte frissonnante sous l’onde du vent léger,
la douce chaleur printanière qui caresse ma peau et mon visage,
me procure le sentiment d’être juste là,
à ma place au milieu de cette nature qui s’éveille,
au cœur de ce printemps qui s’annonce,
avec en moi le calme profond d’un moment magique et sans heurts.
Un instant s'égrène,
hors du temps et enchante mon cœur.
Debout et ne pas bouger,
sans volonté mentale,
sans effort, mais conscient,
seulement goûter l’instant,
se laisser toucher,
et en profiter pleinement.
Alors, avec l’esprit alerte,
c’est le temps qui s’arrête,
rien d’autre que la beauté du moment subsiste,
elle s’imprègne et coule en moi,
au cœur du silence,
la source de vie s’exprime entièrement,
libre, tout respire en ma présence,
à travers mille facettes d’une nature,
dont la Vie seule a le secret.
Dans ce silence en ébullition,
teinté des bienfaits de la création,
tout ne peut être que gratitude et remerciement.